Organiser sa vie et ses journées pour entreprendre correctement une activité professionnelle à son compte peut sembler une nouvelle montagne à franchir. Cette liberté, à l’opposé du salariat très cadré et standardisé, peut s’apparenter à de la spontanéité, justement, libératrice et déstressante. Une émancipation  nous permet de lâcher du lest est très certainement bénéfique. Mais personne n’a pas parlé d’inactivité. pour autant. Une entreprise ou une activité de freelance ce ne sont pas des vacances, loin de là. Cette liberté se mérite dans le sens où nous sommes seuls face à notre destin et comment nous nous gérons pour atteindre notre vie rêvée.

En réalité, un planning de travail est un cadre d’optimisation qui doit être construit en fonction de notre biochronométrie et de notre balance cognitive journalière. C’est, d’une part, un respect de soi, de sa propre “machine” pour l’aider à exécuter au mieux tout ce dont elle est capable de réaliser. Et vous serez surpris de découvrir tout ce dont vous êtres capables lorsque vous adoptez la bonne organisation


Segmenter ses journées selon sa fluctuation d’énergie

LA bonne organisation est unique

Lorsque nous parlons de “bonne organisation”, cela fait référence à une méthode de planification des journées de travail strictement adapté à chaque individu. Mon organisation peut-être très performante, elle pourrait être désastreuse pour quelqu’un d’autre. Cela est en partie liée au fonctionnement interne (ou horloge interne/biologique) humain qui diffèrent plus ou moins selon les sujets. C’est ce que nous appelons Rythme Biologique. 

Si le Biorythme est associé à une croyance basée sur l’émotionnel et le spirituel encore non-prouvée, le Rythme Biologique issu de l’étude scientifique Chronobiologique (à ne pas confondre, de ce fait avec l’appellation “Biorythme”) est une réalité scientifique démontrée. L’être humain subit des cycles réguliers grâce à la mélatonine et l’hypothalamus qui influencent le rythme éveil/sommeil de nombreux organismes vivants, dont nous. Et l’être humain est régi par un Rythme Circadien standardisé, bien que de légères fluctuations appuient notre individualité et notre unicité en tant qu’organisme vivant intelligent et complexe.

Qu’est-ce que le rythme circadien ?

En chronobiologie, le rythme circadien est un processus biologique cyclique qui commande les comportements de certains groupes d’êtres vivants. Ce rythme dure 24h environ, est influencé par le jour et la nuit, et s’entrecoupe par les cycles suivants :

  • 🚄 Une période de pic appelée “Acrophase” ou “Zénith”
  • 🛴 Une période de creux appelé “Nadir” ou “Bathyphase”
  • 🚐 Une période entre-deux niveau moyen = “MESOR” (Midline Estimating Statistic Of Rythm)

Sous un rythme circadien, c’est grâce à la lumière (intensité et durée) que nous réussissons à synchroniser les périodes essentielles à notre survie – comme la reproduction, le repos et l’alimentation – indépendamment de nos normes horaires et de l’espace-temps. Mais d’autres aspects que la luminosité ont un impact sur la synchronisation de ce rythme, dont :

  • 🌗 La sécrétion de mélatonine liée à la luminosité 
  • 👁 Les variations de la vigilance liés à la concentration
  • 🌡 La température corporelle lié à l’activité cognitive
  • La circulation sanguine
  • 📏 La production de l’hormone de croissance
  • 🔒 Le taux de cortisol et de potassium.
Exemple d’un spectre de Rythme Circadien en fonction des hormones humaines

Découvrir son propre rythme de fonctionnement

Comment la science peut nous aiguiller sur notre rythme de travail

Il est vrai que nous avons tous une “horloge biologique” standardisé sous le rythme circadien. Mais notre individualité et singularité naturelle ne régit pas toujours de la même manière entre un individu et un autre. Le rythme reste le même, seulement il est “décalée” par rapport au schéma standard du Rythme Circadien comme qui suit :

Exemple d’un spectre de Rythme Circadien sur la vigilance 

Pour exemple, nous n’avons pas tous un pic de vigilance situé entre 9h et 10h du matin, ainsi qu’à 19h le soir. Et notre période de creux, Bathyphase, n’est pas toujours aux alentours de 15h. Ce peut être plus tôt dans la journée, ou plus tard. 

L’important est de réaliser les tâches et les projets les plus difficiles durant ces périodes de pic d’énergie, et d’effectuer des tâches de moindre importance ou répétitives durant les creux. C’est une bonne nouvelle : cela signifie que nous n’avons pas à multiplier nos heures de travail mais à les optimiser pour les réduire !

Écouter les signaux de son corps lors des activités

Notre évolution a tendu à nous déconnecter de notre propre corps pour nous adapter à notre environnement changeant. Mécanismes nouveaux, monde du travail, industrie, technologies … Nous arrivons enfin à une génération où nous souhaitons dire “Stop” à cette frénésie. Ce n’est pas pour rien si les médecines alternatives et pratiques comme la Sophrologie ou la Méditation font bon nombre de prescripteurs et prescriptrices. Ces activités d’introversion permettent de nous reconnecter à notre corps via les signaux sensoriels qu’il envoie : sons, mouvements, odeurs et douleurs.

Vous vous dites qu’il serait formidable de ne plus ressentir de douleur ? Sachez que ce serait juste le meilleur moyen pour vivre complètement à côté de soi et s’autodétruire à petit feu. C’est-à-dire qu’il ne serait plus possible de savoir comment respecter sa physiologie et son rythme. Par conséquent, nous ne serions plus apte à optimiser notre “machine” et nous n’offrirons que le minimum de nos capacités cognitives.


Qu’est-ce que les Pics de performances ?

Notre rythme se mesure par des signaux électriques (dont l’unité est la fréquence Hertz) qui matérialisent un spectre ressemblant à une courbe sinusoïdale irrégulière. Ce sont les fameux “Pics” et “Creux” dont nous avons parlé plus tôt. Une étude complète a été menée par des scientifiques-chercheurs sur les performances liées au planning de travail de musiciens professionnels, de joueurs d’échecs professionnels, d’athlètes et d’écrivain-e-s. Voici les résultats du planning de pratique (travail) journalier des apprentis (suivis par un mentor ou professionnel) classés en deux catégories : les meilleur-e-s, et les bon-nes-s :

Résultat du temps de pratique des apprentis violonistes (1993, K. Anders Ericsson, Ralf Th. Krampe, and Clemens Tesch-Romer)

Nous observons que la catégorie des “meilleur-e-s” possèdent un temps de pratique plus concentrée, autour de sessions de travail de 90 minutes maximum, coupé de réelles pauses (pour l’alimentation, la sieste et le sommeil). La courbe des “bon-ne-s” est légèrement plus homogène et linéaire. Nous voyons aussi, une forte pratique le matin entre 10h et 13h. Cela équivaut au pic de concentration, moment propice à la réalisation des tâches et apprentissages les plus complexes. L’après-midi, le temps est, relativement, plus linéaire et non plus associé uniquement à la pratique/travail. 

Périodes de convergence

Idéale pour optimiser sa concentration et pallier aux troubles légers de l’attention, cette période permet d’apporter toute l’énergie nécessaire pour converger en un point précis. Pour beaucoup d’individus, cette période se situe le matin entre 8h et 13h. Mais cela ne veut pas signifier que VOTRE période de convergence se situe dans l’après-midi ou le soir. 

La convergence demande bien plus d’efforts cognitifs que la divergence que nous verrons plus bas. En outre, la convergence permet d’exploiter naturellement certaines compétences :

  • 🎯 Focalisation sur un point précis
  • 💎 Détails et finitions
  • 🔬 Analyses poussées
  • 🧘‍♂️ Concentration à son apogée
  • 👨‍🏭 Corrections localisées 
  • 👩‍🔧 Mise en application

Périodes de divergence

A l’opposée de la convergence, la divergence est un moment de répit énergétique et de liberté cognitive. C’est une période résultant d’une fatigue nerveuse et/ou physique, qui demande du repos. Elle est donc intrinsèquement liée à la période de convergence et se situe, très souvent après. Mais votre zone temporelle de divergence peut bien être au réveil ou en début d’après-midi.

Souvent associée à la créativité, la divergence est tout autant essentielle que la convergence. Notamment dans les phases de création et d’innovation où les compétences suivantes sont nécessaires :

  • ✒️ Invention de solutions créatives
  • 💭 Idéation
  • 🔭 Recherches et hypothétisation
  • 👩‍🔬 Génération d’idées
  • 👨‍🏫 Optimisation et améliorations globales
  • 👩‍🎨 Création de projet

Développer la connaissance de soi pour construire un planning efficace et autonome

La création d’un planning de travail est très personnel. D’autant plus si l’on souhaite autonomiser les tâches et leur réalisation. Il n’en n’existe pas de parfait ou ni de normes à ce sujet. Nous devons simplement nous appuyer sur les dernières découvertes neuroscientifiques et physiologiques pour entamer une base de programmation de tâches puis adapter ces fondations selon notre propre fonctionnement. Ce qui oeuvre parfaitement pour les plus grands entrepreneurs ou stars mondiales n’est pas forcément adapté et fonctionnel pour vous.  Ainsi, la théorie est une chose, mais je vous recommande d’appliquer et de construire votre propre planning de travail, point par point, tout en découvrant les éléments essentiels à la bonne programmation d’une journée de travail productive et réussie.

C’est pour cela que le cycle “test – analyse – correction” est essentiel pour parvenir à créer un planning de travail personnalisé efficace et non pas simplement faire comme tout le monde. Chaque individu possède ses pics de performances et ses creux énergétiques. Mais nous ne sommes pas tous calibré exactement sur le même rythme. A nous de trouver chacun le nôtre.


Cet article est une extension de l’Intégrale du Planning de Travail Autonome, disponible en version digitale.


Pour en savoir plus sur la chronobiologie et le rythme circadien :

“A clockwork web: circadian timing in brain and periphery, in health and disease” | Michael H. Hastings, Akhilesh B. Reddy & Elizabeth S. Maywood
Article Wikipédia sur la Chronobiologie
Article Wikipédia sur le Rythme Circadien